Notre approche

Nous considérons le livre dans une double dimension, l’une symbolique, l’autre narrative. L’une contient donc une expérience inconsciente symbolisée tandis que l’autre fait écho avec l’histoire personnelle du lecteur.

Celui-ci dispose d’une véritable « bibliothèque intérieure », qui s’apparente à une sorte de « bande passante » sur laquelle la thérapie peut s’appuyer.

L’objectif de la bibliothérapie est d’explorer le rapport entre ce que l’individu a lu tout au long de sa vie : échanger sur un livre ou un ensemble de livres, sur les émotions ressenties par le lecteur, sur son interprétation et sa compréhension des valeurs portées par ce ou ces livres; et son inconscient qui est capable d’aller chercher des informations dans la « bibliothèque intérieure »  : lui faire visualiser sa bibliothèque, la prise en main de ses livres, lui faire revivre ses lectures marquantes.

Le livre sert ainsi de support à une thérapie, et permet de remettre en route le système « d’action-ressource ».

Une des questions centrales dans la bibliothérapie peut être par exemple « Quelle bibliothèque êtes-vous ? ».  L’idée ici n’est pas de proposer de « livre médicament », mais plutôt de partir de l’individu lui-même, en se basant sur sa bibliothèque intérieure. L’objectif est de « feuilleter les pages d’une personne ».

La bibliothèque personnelle du patient peut être vue de ces deux manières. Le thérapeute peut travailler sur la bibliothèque intime du patient, ses souvenirs et l’endroit où il là situe ( on substituer à la bibliothèque réelle une bibliothèque intérieure structurée par les souvenirs de lectures.) Un premier échange parait important pour situer l’espace émotionnel – Et ainsi mettre le sujet de notre expérience au centre de la séance.

Donnons la parole à Gabor Csepregi in Retour aux livres – Quelques réflexions sur la lecture :

« Le roman détruit nos illusions

Il est bien connu de nous tous que nos décisions et actions peuvent être entachées de nombreuses illusions. N’avons-nous pas parfois l’impression de ne pas savoir ce que nous sommes et d’ignorer nos forces et nos possibilités réelles ? Ce qui rend la connaissance de soi difficile, c’est notre tendance à nous identifier à des rôles que nous occupons au sein de la société. Nous nous croyons plus ou moins vertueux, puissants, intelligents, raisonnables, créatifs, que nous ne le sommes réellement. Dans son Vérités et mensonges en littérature, Stephen Vizinczey a montré avec brio comment les grands écrivains nous privent de nos idées fausses sur les motifs de nos actions, les buts que nous croyons importants dans notre vie, les passions qui marquent nos vies, les événements de notre histoire personnelle et sociale. Stendhal, par exemple, nous rappelle que l’écart entre nos intentions calculées et les résultats de nos actions concrètes ne peut jamais être comblé. Le grand problème de Stendhal est la tension constante qui existe entre nos véritables sentiments et les attentes de la société dans laquelle nous vivons. Nous tentons de fausser nos sentiments pour répondre adéquatement à ces attentes et ainsi nous transformer en une machine bien réglée. Cependant, notre volonté de plaire et de s’ajuster se heurte à un échec lorsque nos propres impulsions surgissent et entrent en conflit avec les rôles que nous octroient la famille, le milieu du travail ou les institutions.

Plusieurs grands écrivains nous lancent un avertissement au sujet de l’ignorance ou de la méconnaissance de nos émotions. Nos sentiments ou les passions sont loin d’être aveugles, comme nous avons tendance à croire. C’est plutôt l’homme froid et rationnel, fermant ses oreilles à la voix de son coeur, qui fait preuve de surdité. Certes il n’est pas facile comprendre et de suivre ses sentiments. Il nous arrive de nous tromper lorsque, par exemple, nous faisons confiance à quelqu’un. Cependant, dans la mesure où nous prenons conscience de nos émotions et apprenons à les mieux connaître, nous devenons plus éclairés au sujet des conséquences plausibles de nos réactions affectives.

J’ajouterai qu’il existe une formation et une culture du coeur. Outre la connaissance de soi, elles nous permettent d’apprécier les valeurs les plus diverses et de porter un jugement sur les actes et les oeuvres qui sont les « porteurs » concrets de ces valeurs. »

« On peut aller plus loin encore, et affirmer que les émotions ressenties, les rêves formulés pendant la lecture ont un impact non seulement sur l’interprétation que nous faisons d’un roman, mais aussi dans notre propre existence. Le lecteur ne conforme pas nécessairement ses actes à ceux des personnages (aimer Sade, ce n’est pas devenir sadique, pas plus qu’étudier Machiavel ne rend machiavélique). Mais il peut transposer dans sa vie des humeurs, émois et formules empruntés au roman favori. La phrase du dandy Oscar Wilde, à propos d’un personnage de Balzac, est restée célèbre : « La mort de Lucien Rubempré est le plus grand drame de ma vie. » Marco Vargas Llosa, un auteur contemporain, confirme à sa manière : « Une poignée de personnages littéraires ont marqué ma vie de façon plus durable qu’une bonne partie des êtres en chair et en os que j’ai connus. » On sait aussi que leWerther de Goethe (1774) a poussé des adolescents au suicide ou que La Nouvelle Héloïse, de Jean-Jacques Rousseau (1761), a modifié l’équilibre affectif de plusieurs générations. »

Elle conclut par  » Se saisir d’un roman c’est prendre rendez-vous avec soi. »

D’après Proust dans Le temps retrouvé, « En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L’ouvrage d’un écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans le livre il n’eût peut-être pas vu en soi-même »Ouvrir un livre c’est ainsi trouver la porte sur notre Monde intérieur. La bibliothérapie cultivera l’accordage dans toutes les polyphonies de ces Mondes engendrés par la culture et le partage des ouvrages.

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